Mademoiselle Chambon **
« Antonio, maçon d'origine portugaise, et Anne-Marie, qui travaille dans un atelier de maroquinerie, ont un petit garçon, Kevin. Ils vivent à Montmirail, tranquillement. Un jour, Antonio va chercher Kevin à l'école. Il y voit la maîtresse de l'enfant, mademoiselle Chambon. A leur insu, les vies de l'institutrice et du maçon vont être bouleversées par cette première rencontre.
Antonio prend l'habitude d'aller chercher Kevin à l'école. Mademoiselle Chambon essaie d'établir la fréquence de ses passages. Elle lui demande de remplacer une fenêtre dans son appartement. Il vient chez elle, regarde le violon qu'elle possède. Elle doit s'avouer qu'elle est amoureuse.
Il est chez elle. Il travaille. Pendant ce temps, elle lit un roman. Pour lui, avant qu'il parte, elle joue de son instrument. Elle lui offre une cassette sur laquelle elle a enregistré une sonate de Bartók. Anne-Marie trouve la cassette. « Bartók, drôle de nom, qui est-ce? »
Ici, l'histoire de mademoiselle Chambon, d'Anne-Marie et d'Antonio ne doit être déflorée. Elle mérite qu'on la suive jusqu'au bout, amère et forte, comme la vie. »
Après la découverte de cet auteur avec La Baïne, j'ai enchaîné avec Mademoiselle Chambon. Même si j'apprécie toujours autant le style d'Eric Holder, j'ai trouvé ce roman moins intense que La Baïne.
Le scénario est un peu le même: un couple d'origine modeste qui mène une vie sans histoire, une vie somme toute banale, routinière, et dont le mari tombe amoureux de l'institutrice de son fils, célibataire. Mais, ce qui suscite l'intérêt et la force de ces deux romans, c'est l'épaisseur des personnages. La rencontre de Mlle Chambon permet à Antonio de prendre conscience de sa condition sociale et de son avenir sans réelles perspectives: « Sa vie, son avenir, ne lui étaient jamais apparus avec autant de netteté. Il continuerait de travailler à soixante-quinze francs de l'heure. Peut-être un jour, s'il persisitait à ne pas enfiler le masque pour meuler, aurait-il, comme son père, les poumons gris. Il se battrait pour obtenir une pension. Quatre mille francs par mois. Il serait alors contraint, toujours comme lui, de cultiver un potager, de faire un peu d'élevage. » Même si son amour avec Véronique Chambon semble impossible, Antonio va prendre une décision importante pour sa vie: agir au lieu de subir!
Mademoiselle Chambon d'Eric HOLDER
Flammarion, 1996 (174 p.)
ISBN 2-08-067334-3