Les filles de Roz-Kelenn **

Publié le par Mireille

Pour une première lecture de vacances, j'avais besoin d'un roman facile à lire. J'ai donc choisi au hasard dans les rayons de la bibliothèque un roman du terroir d'un auteur que je ne connaissais encore pas, Hervé Jaouen.

 

 

Les temps ont bien changé à Briec-sur-l'Odet près de Quimper depuis cette année 1898 où Jabel (Isabelle en breton), âgée de six ans, est obligée d'aller mendier de la nourriture dans les fermes voisines: son père est mort noyé et sa mère est à l'agonie « sur son matelas de balle d'avoine dans la cabane couverte de genêts et d'ajoncs qui leur servait de maison. » Avec sa soeur cadette Maï-Yann, « elles allaient nu-pieds et la crasse leur montait jusqu'aux genoux comme des chaussettes longues. Leurs robes et leurs sarraus n'avaient plus de couleur et leurs cheveux longs pendaient gris et raides de poussière, encadrant leurs joues et leur bouche croûtées de lait séché. Dans toute cette saleté, seuls leurs yeux bleus, équarquillés d'hébétude, brillaient, purs comme des saphirs. »

Cette enfance difficile et malheureuse en aurait découragé plus d'une. Jabel gohz, comme tout le monde a coutume de la surnommer, est une femme intelligente, courageuse et entrepenante. Avec son époux François Goasdoué, ils se mettent au travail dès le lendemain des noces afin de remettre en état la métairie de Roz-Kelenn qu'ils viennent de louer.

1914, François est mobilisé. A la mi-novembre, Jabel met au monde des jumeaux, François, dit Fanch, et Jeannette. Mais, le bonheur est de courte durée: en avril 1919, François est gazé sur le front. Jabel, qui a toujours en tête de devenir propriétaire de Roz-Kelenn et d'en faire une ferme prospère, s'exile une dizaine d'années en Tourraine pour se constituer un petit pécule et revenir au pays.

Après son service militaire, Fanch s'acharne à transformer la petite métairie en un domaine prospère. Mais sa réussite professionnelle cache une vie familiale moins glorieuse: père de trois filles qu'il ne sait pas aimer, sa fille aînée Soizig, qui a le caractère de sa grand-mère, se révolte et lui tient tête. Elle ne lui pardonne pas, entre autres, d'avoir feint l'état de santé de plus en plus inquiétant de sa femme Adelice et se jure de ne pas remettre les pieds à Roz-Kelenn tant qu'il sera vivant.

 

 

Le roman, qui commence par l'enterrement de Fanch en août 2002, retrace la vie d'une famille bretonne depuis la fin du XIX° s. ainsi que les bouleversements de la société causés par l'évolution des technologies (l'apparition de l'électricité, du téléphone, des automobiles, etc.) et les événements marquants du XX° s.

La vieille Jeannette qui dirige les obsèques de son frère jumeau ne peut que constater la disparition des traditions. « En ce jour d'enterrement, elle déplorait l'abandon des usages. Naguère, tout le canton se serait déplacé pour venir aux obsèques du maître de Roz-Kelenn. Là, aujourd'hui, en dehors de la famille, il n'y avait presque personne sur le placître pour attendre le transport du cercueil dans l'église. (...) Jeannette déplorait également le manque de respect pour les morts. Evidemment, face aux jeunes, elle n'avait plus son mot à dire. Ses petits-enfants et ses arrière-petits-enfants avaient sur le dos leurs habits de tous les jours... »

 

Hervé Jaouen nous livre avec ce roman une belle fresque de la société en balayant plus d'un siècle d'histoire de France, mais il manque ce petit « quelque chose » pour en faire un grand roman du terroir comme savent le faire Françoise Bourdon, Yves Viollier, Christian Signol...

 

Les Filles de Roz-Kelenn
Jaouen, Hervé
Presses de la Cité (Terres de France), 2007 (346 p.)
ISBN 978-2-258-07383-8

(Lu en juillet 2008)


Publié dans Romans du terroir

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Martine Galati 03/09/2008 16:15

J'aime beaucoup cette collection Terroir et j'avais bien apprécié cette lecture aussi. Tu en parles très bien! Bonne journée! Martine ravie de te relire...

Mireille 04/09/2008 09:44


Ravie aussi de reprendre en main ce blog!


sylire 31/08/2008 20:30

D'Hervé Jouen j'ai lu "En dessous du calvaire". J'avais bien aimé.

Mireille 01/09/2008 17:32


J'avais noté ce titre, mais il n'était pas dispo à la bibliothèque.