Passion de Lire
C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.
Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
Arthur RIMBAUD

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Je découvre votre site, et je pense m'y référer!
Amitiés.
RAOUX-Pierre.
La jeune fille.
Texte poétique : 30
Il y a cette rivière d’eau de source
Vierge, sinueuse sur un lit de mousse
Chuchoter en clapotis à vos oreilles
Vous pouvez dormir là ? sans veille
Et cette brise matinale, qui pousse
A désunir par jeu, vos boucles rousses
Se vente à fredonner, en ritournelle
Qu’il paraît profond, votre sommeil
Les rayons à bout, se courroucent
Vainement à colorer votre frimousse
Qui se révèle, telle la lune de ce soir
Etrangement pâle, comme illusoire
Vous êtes étendue, la tête pivotée
Insensiblement à droite l’air hébété
Avec au cou les traces d’empreintes
De mains d’on t’on saisit l’étreinte
Il y a là, couchée sur le frais gazon
Inerte, une jeune fille sans raison.
* Inspiré du Dormeur du val d’Arthur Rimbaud.
Bonjour
Merci pour votre commentaire.
Les oies sauvages de Maupassant n'est pas mal non plus?
Les oies sauvages
Les oies sauvages.Tout est muet, l'oiseau ne jette plus ses cris.
La morne plaine est blanche au loin sous le ciel gris.
Seuls, les grands corbeaux noirs, qui vont cherchant leurs proies,
Fouillent du bec la neige et tachent sa pâleur.
Voilà qu'à l'horizon s'élève une clameur ;
Elle approche, elle vient, c'est la tribu des oies.
Ainsi qu'un trait lancé, toutes, le cou tendu,
Allant toujours plus vite, en leur vol éperdu,
Passent, fouettant le vent de leur aile sifflante.
Le guide qui conduit ces pèlerins des airs
Delà les océans, les bois et les déserts,
Comme pour exciter leur allure trop lente,
De moment en moment jette son cri perçant.
Comme un double ruban la caravane ondoie,
Bruit étrangement, et par le ciel déploie
Son grand triangle ailé qui va s'élargissant.
Mais leurs frères captifs répandus dans la plaine,
Engourdis par le froid, cheminent gravement.
Un enfant en haillons en sifflant les promène,
Comme de lourds vaisseaux balancés lentement.
Ils entendent le cri de la tribu qui passe,
Ils érigent leur tête ; et regardant s'enfuir
Les libres voyageurs au travers de l'espace,
Les captifs tout à coup se lèvent pour partir.
Ils agitent en vain leurs ailes impuissantes,
Et, dressés sur leurs pieds, sentent confusément,
A cet appel errant se lever grandissantes
La liberté première au fond du coeur dormant,
La fièvre de l'espace et des tièdes rivages.
Dans les champs pleins de neige ils courent effarés,
Et jetant par le ciel des cris désespérés
Ils répondent longtemps à leurs frères sauvages.
Peut-être mon préféré...
Amitiés