« Partir avec sa mère. Redevenir l'enfant qu'on n'en finit jamais d'être aux yeux de celle qui vous a mise au monde et admettre qu'il en sera ainsi pour l'éternité... Partir avec sa mère.
Une bonne action pour rattraper les mauvaises. »
Juive née à Vienne, Frieda a dû s'expatrier en France avec sa famille dès l'annexion de l'Autriche à l'Allemagne en 1938. En guise de réparation, le gouvernement autrichien vient d'accorder à
toute personne ayant été obligée d'interrompre ses études pour fuir le régime nazi une modeste pension. Un bon prétexte pour Frieda pour retouner dans sa ville natale qu'elle n'a pas revue depuis
son exil forcé. Mais elle ne souhaite pas faire ce « pélerinage » seule: elle se fait accompagner par sa fille Clara qui, elle, ne sent pas du tout couler du sang viennois dans ses
veines.
Pourtant, ce premier voyage dans la capitale autrichienne en appelera un autre. En tant que journaliste, Clara prétexte vouloir écrire un papier sur le film Le Troisième Homme pour
pouvoir s'envoler à nouveau pour Vienne, avec cette fois pour seul guide les souvenirs de sa mère.
Ce second voyage sera pour Clara une sorte de retour à Ithaque. Petit-à-petit, elle s'approprie cette ville d'où est originaire sa famille maternelle. « Clara se sentait bien à Vienne, cette ville qu'elle apprenait à aimer, dans ces cafés où elle se sentait anonyme, mais pas solitaire, inconnue mais pas
étrangère. » (p. 209)
Un très beau roman de Michèle Halberstadt qui nous plonge dans cette ambiance si caractéristique de Vienne: on se prend à rêvasser dans un café viennois en dégustant une Sachertorte accompagnée
d'un Brauner! L'auteure nous invite en quelque sorte à une visite guidée de la ville, mais elle nous offre aussi, entre autres, une belle réflexion sur l'importance de la filiation. Connaître ses
origines, les accepter, et prendre conscience qu'on ne peut pas les choisir, c'est faire un grand pas dans la vie. Dès que Clara admet qu'elle s'est trompée en ayant cru pouvoir choisir ses
racines, les contours de sa vie lui apparaissent avec beaucoup plus de netteté et elle est prête à recommencer une autre vie avec sa famille.
« Clara était autant viennoise que parisienne et cela n'avait aucune importance. Sa mère qui avait été déclarée apatride, était irréductiblement une
Wienerin, même si elle vivait en France depuis quarante ans. Clara était à son image. Un mélange de cultures, d'influences. » (p. 211)
Merci Moustafette de m'avoir permis de découvrir ce roman.
Café viennois de Michèle Halberstadt
Albin Michel, 2006 (212 p.)
ISBN 2-226-17331-5
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